Moliere’s death : theater macht frei

Madame de Montespan

Moliere told the King that he had just sketched out the plot of his “Malade Imaginaire,” and assured us that hypochondriacs themselves would find something to laugh at when it was played. He spoke very little about himself, but at great length, and with evident admiration, about the young poet Racine.

The King asked if he thought that Racine had strength sufficient to make him the equal of Corneille. “Sire,” said the comic poet, “Racine has already surpassed Corneille by the harmonious elegance of his versification, and by the natural, true sensibility of his dialogue; his situations are never fictitious; all his words, his phrases, come from the heart. Racine alone is a true poet, for he alone is inspired.”

The King, continuing, said: “I cannot witness his tragedy of ‘Berenice’ without shedding tears. How comes it that Madame Deshoulieres and Madame de Sevigne, who have so much mind, refuse to recognise beauties which strike a genius such as yours?”

Sire,” replied Moliere, “my opinion is nothing compared to that which your Majesty has just expressed, such is your sureness of judgment and your tact. I know by experience that those scenes of my comedies which, at a first reading, are applauded by your Majesty, always win most applause from the public afterwards.”

Is Racine in easy circumstances?” asked the King.

He is not well off,” replied Moliere, “but the tragedies which he has in his portfolio will make a rich man of him some day; of that I have not the least doubt.”

Meanwhile,” said the King, “take him this draft of six thousand livres from me, nor shall this be the limit of my esteem and affection.”

Five or six months after this interview, poor Moliere broke a blood-vessel in his chest, while playing with too great fervour the title part in his “Malade Imaginaire.” When they brought the news to the King, he turned pale, and clasping his hands together, well-nigh burst into tears. “France has lost her greatest genius,” he said before all the nobles present. “We shall never have any one like him again; our loss is irreparable!”

Memoirs of Madame la Marquise de Montespan written by herself CHAPTER XLVII. Moliere

Molière “Le Malade imaginaire” 1673, 1674
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Une représentation du “Malade Imaginaire” de Molière, à Auschwitz

Voici donc le récit de Charlotte Delbo 1, déportée pour faits de résistance à Auchwitz. Elle raconte comment elle a pu vivre une représentation du “Malade Imaginaire” de Molière, à Auschwitz…

(…)

Le jour fixé pour le spectacle — le dimanche après Noël — approchait. Mais il était impossible de rien installer d’avance à cause de la surveillante, une SS que ses amours occupaient beaucoup, ce qui nous laissait un peu de champ. Eva, la dessinatrice, fait une affiche qu’on fixe à la porte intérieure de la baraque, le samedi, après la dernière ronde des SS. Pourquoi une affiche, quand tout le monde était au courant ? C’est qu’enfin nous sommes dans l’illusion. Une affiche en couleurs où on lit : « Le Malade imaginaire, d’après Molière, par Claudette. Costumes de Cécile. Mise en scène de Charlotte. Agencement scénique et accessoires de Carmen. » Suit la distribution, avec Lulu dans le rôle d’Argan. Mais notre pièce était en quatre actes. Nous n’étions pas arrivées à retrouver la coupe de Molière. Pourtant, autant que je me souvienne, tout y était.

Dès le matin, perdant pour la première fois souci de la soupe, des corvées et du pain, nous nous affairons. Ce que Cécile réussit à faire avec des tricots mués en pourpoints et en casaques, les chemises de nuit, les pyjamas transformés en hauts-de-chausses pour les hommes (seuls éléments vestimentaires qui ne fussent pas d’uniforme. Comment nous les avions eus serait trop long à raconter) est presque inimaginable. Le rayé s’était révélé immétamorphosable. Heureusement, nous utilisions, pour sélectionner les graines de nos plantes (ai-je dit que nous étions dans cette station d’essai où l’on étudiait un pissenlit à latex que les Allemands avaient découvert en Russie et voulaient acclimater?) des espèces de cages en tulle. Voilà le tulle devenu jabots, manchettes, canons, nœuds, écharpes. Une robe de chambre en matelassé azur — pièce sans prix de notre vestiaire — fait une somptueuse robe à tournure pour Bélise. Une poudre jaune vert, dont je ne sais pas la composition, peut-être un insecticide, sert au maquillage des médecins, bilieux à merveille. On crie dans le dortoir : « Toutes celles qui ont leur tablier noir propre (le tablier noir faisait partie de la tenue), prêtez-le ! Tout de suite, s il vous plaît, l’habilleuse attend ! » Avec six tabliers, Cécile drape un médecin qu’elle coiffe d’un cône de carton noirci à l’encre autour duquel elle a fixé des copeaux de bois en mèches raides. Claudette, l’auteur, est contente du résultat, mais ne se console pas que les hommes n’aient ni perruque ni chapeau, que Bélise n’ait pas d’éventail. « Sous Louis XIV, voyons! » Hélas, nos cheveux, rasés à l’arrivée, n’ont encore que quelques centimètres. Par contre, il y a des cannes. Ce sont des bâtons enrubannés de tulle (…) .


  1. Charlotte Delbo, Auschwitz et après, II, Une connaissance inutile, Les Editions de Minuit, 1970 [back]

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