Louis-Ferdinand Céline (1894-1961)
“Pas un bien joli monsieur”
As-tu gagné le ciel Ferdinand
Est-ce que Dieu n’aime que le sang bleu
Le racisme chez toi polluait le talent
Tu étais pas un bien joli monsieur
Ferdinand (refrain)
chanson de Pierre Perret
“Albert Zbinden : “Disons le mot, vous avez été antisémite.”
L.F. Céline : “Exactement. Dans la mesure où je supposais que les sémites nous poussaient dans la guerre. Sans ça je n’ai évidemment rien – je ne me trouve nulle part en conflit avec les sémites ; il n’y a pas de raison. Mais autant qu’ils constituaient une secte, comme les Templiers, ou les Jansénistes, j’étais aussi formel que Louis XIV. Il avait des raisons pour révoquer l’édit de Nantes, et Louis XV pour chasser les Jésuites… Alors voilà, n’est-ce pas : je me suis pris pour Louis XV ou pour Louis XIV, c’est évidemment une erreur profonde. Alors que je n’avais qu’à rester ce que je suis et tout simplement me taire. Là j’ai péché par orgueil, je l’avoue, par vanité, par bêtise. Je n’avais qu’à me taire… Ce sont des problèmes qui me dépassaient beaucoup. Je suis né à l’époque où on parlait encore de l’affaire Dreyfus. Tout ça c’est une vraie bêtise dont je fais les frais.”
Entretien avec Albert Zbinden, 1957
À L’AGITÉ DU BOCAL
Je ne lis pas grand-chose, je n’ai pas le temps. Trop d’années perdues déjà en tant de bêtises et de prison! Mais on me presse, adjure, tarabuste…Il faut que je lise absolument, paraît-il, une sorte d’article, le “Portrait d’un antisémite”, par Jean- Baptiste Sartre. Je parcours ce long devoir, jette un oeil, ce n’est ni bon ni mauvais, ce n’est rien du tout, un pastiche… une façon de “Lamanièredeux”. (…) J’en traîne un certain nombre au cul de ces petits “Lamanièredeux”… Qu’y puis-je? Étouffants, haineux, foireux, bien traîtres, demi-sangsues, demi-ténias, ils ne me font point d’honneur, je n’en parle jamais, c’est tout. Progéniture de l’ombre. Décence. Oh! Je ne veux aucun mal au petit J.-B. S.! Son sort où il est placé est bien assez cruel! Puisqu’il s’agit d’un devoir, je lui aurais donné volontiers 7 sur 20 et n’en parlerais plus… Mais page 462 la petite fiente il m’interloque! Ah, le damné pourri croupion! Qu’ose-t-il écrire? “Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des nazis c’est qu’il était payé”. Textuel. Holà! Voici donc ce qu’écrivait ce petit bousier pendant que j’étais en prison en plein péril qu’on me pende. Satanée petite saloperie gavée de merde , tu me sors de l’entre-fesse pour me salir au-dehors! Anus Caïn pfoui! Que cherches-tu? Qu’on m’assassine? C’est l’évidence! Ici! Que je t’écrabouille! Oui!… je le vois en photo… ces gros yeux… ce crochet… cette ventouse baveuse… c’est un cestode! Que n’inventerait-il, le monstre, pour qu’on m’assassine! A peine sorti de mon caca, le voici qui me dénonce! (…)
Louis-Ferdinand Céline, À l’agité du bocal, 1948.
Enzo Traverso:La responsabilité des intellectuels. Dwight MacDonald et Jean-Paul Sartre in “L’Histoire déchirée. Essai sur Auschwitz et les intellectuels” ISBN 2-204-05562-X © Les Éditions du Cerf 1997 — www.anti-rev.org site personnel de Michel Fingerhut
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A lire
Mea Culpa (1936)
L’École des cadavres (1938)
Les beaux draps 1941
A l’agité du bocal (1948)
Louis Ferdinand Céline
- via Loreto Martin [back]
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