Indigènes, de Rachid Bouchareb

“Indigènes” présenté au Festival de Cannes (25/05/06)

“C’est nous les Africains
Qui revenons de loin
Nous venons des colonies
Pour sauver la Patrie
Nous avons tout quitté
Parents, gourbis, foyers
Et nous avons au cœur
Une invincible ardeur
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière ”…
1

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sur le site Mémoires d’Alger

bande -annonce (trailer)

“NATIVES”, a film by Rachid Bouchareb (Cannes Film Festival 2006)

Synopsis :

1943. They had not yet set foot in France, but because it’s war, Saïd, Abdelkader, Messaoud and Yassir are going to join the French army to free the motherland from the Nazi enemy, like 130 000 other “natives“. These heroes, forgotten by History, will vanquish in Italy, in Provence, and in the Vosges before finding themselves alone defending a village in Alsace against a German battalion.

trailer

Extracts of Dialogues

- Troop halt!
To the left, left!

- No command gesture, I want to stay alive.
If they locate me as officer, I’ll be the target.

- Private first class Abdelkader from the second company of the Algerian skirmishers regiment, at your command sergeant.

- What are they up to, your men?

- I don’t know them yet, sergeant, it’s my first troop.

- How did you get private first class, you?

- I passed the exam, sergeant.

- Concerning me, the exam, I passed it face to the Germans

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Des hommes qui ont fait, eux aussi, l’Histoire de France

“Parce que les livres d’histoire oublient souvent que l’Armée française reconstituée en 1942 comptait 233.000 “Nord-africains ” mobilisés ou volontaires qui ont rejoint les 363.000 soldats d’Afrique du Nord (Européens et “indigènes”) déjà sous l’Autorité militaire. Après une offensive en Italie et une victoire en Tunisie, ils ont débarqué sur les côtes de Provence en août 1944, et sont remontés jusqu’en Alsace pour participer, en 1945, à la Libération.2

Enfant de l’immigration algérienne, Rachid Bouchareb a souhaité réaliser un film, et non un documentaire, sur ces hommes 3 qui ont fait, eux aussi, l’Histoire de France.” 4

«Indigènes», la vraie vie des soldats maghrébins de l’Armée d’Afrique

Le film «Indigènes» de Rachid Bouchareb, présenté en compétition jeudi au Festival de Cannes, rappelle le rôle essentiel des dizaines de milliers de tirailleurs, goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens qui participèrent à la campagne d’Italie et à la libération de la France.

Saïd (Jamel Debbouze), Yacir (Samy Nacéri), Messaoud (Roschdy Zem), Abdelkader (Sami Bouajila) incarnent ces soldats qui ont «tout quitté, parents, gourbis, foyers» dans cette coproduction franco-maroco-algéro-belge.

Comme lors de la Grande guerre (63.000 tués), les troupes coloniales de l’Empire français payèrent un lourd tribut. De juin 1940 à mai 1945, 55.000 Tunisiens, Marocains, Algériens et Africains furent tués, dont 25.000 dans l’Armée d’Afrique. Cette Armée d’Afrique compta 400.000 soldats, dont 173.000 Tunisiens, Marocains, Algériens et Africains, 168.000 Français d’Afrique du Nord, 35.000 Français de Corse et 20.000 évadés.

«Puissent les générations qui prendront la relève pour la survie de la France ne jamais oublier ce qu’elles doivent aux Africains qui venaient de loin», lit-on dans le journal de marche du 22e bataillon de marche nord-africain (BMNA), intégrée à la 1ère division de l’Armée d’Afrique. Ce bataillon, né en septembre 1941 en Syrie et dissous en janvier 1946 en Algérie, intégra tirailleurs maghrébins de l’armée du Levant, Français d’Afrique du Nord et de France, de toutes classes sociales et de toutes religions.

Unité parmi les plus décorées, le 22e BMNA 5 a compté douze Compagnons de la Libération, dont le lieutenant algérien Mohamed Bel Hadj, tué le 9 janvier 1945 en Alsace (nord-est), l’un des très rares soldats maghrébins Compagnon de la Libération. Le journal de marche du 22e BMNA (355 tués, soit plus du tiers de son effectif, dont 156 officiers et parmi eux tous les officiers maghrébins) se confond avec l’histoire de la France Libre : Bir Hakeim (juin 1942); Garigliano (mai 1944) au pied de Monte Cassino lors de la percée alliée de la ligne Gustav vers Rome; campagnes de Provence, des Vosges et d’Alsace. «Les tirailleurs nord-africains étaient des soldats solides et courageux, surtout les tirailleurs marocains», se souvient Jean Jaboulay, 84 ans, sergent à la 3e compagnie avec le lieutenant Bel Hadj.

A Eboulet, un hameau des Vosges, une stèle porte le nom des 58 soldats du 22e BMNA, tués dans de féroces combats avec des SS allemands entre le 29 septembre et le 3 octobre 1944 : quarante étaient des tirailleurs ou des sous-officiers maghrébins, les autres des Français d’Afrique du Nord et de France. «On nous avait promis que le bataillon défilerait à son retour à Alger, décorations pendantes, se souvient René Petitot, 85 ans, caporal-chef au 22e BMNA, mais l’unité a été dissoute à la sauvette en janvier 1946», neuf mois après la répression des émeutes de Sétif, en Algérie, qui ont fait de 15.000 à 20.000 morts. «Les autorités militaires ont rendu aux tirailleurs survivants, qui avaient déserté pour rejoindre la France Libre, leurs livrets militaires avec le mot ‘déserteur’ écrit en rouge», raconte René Petitot, mémoire du bataillon. «Une dizaine d’années plus tard, j’ai appris que le sergent-chef Saïdoun Ben Freha, décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle après la percée de la ligne Gustav, avait rejoint le FLN (Front de libération national algérien) avec tous ses tirailleurs».

Ingrid Merckx LE MATIN.ma

La France a encore du mal à revenir sur son propre passé

Jamel Debbouze : “Ce projet tenait très à coeur à Rachid, j’ai vu que c’était quelque chose de viscéral chez lui. Il cherchait à exorciser quelque chose avec ce film. Pour ma part, je ne connaissais pas très bien cette page de l’Histoire. J’ai été vraiment touché par la démarche de Rachid. Ce projet n’aurait pas été envisageable il y a quelques années, maintenant c’est possible de faire un film sur un tel sujet (…) D’un côté, on trouve des budgets à plusieurs millions d’euros pour produire des comédies dans lesquelles on veut me voir glisser sur des peaux de banane et d’un autre, je vois qu’un projet comme celui qu’a porté Rachid est sans arrêt revu à la baisse. La France a encore du mal à revenir sur son propre passé.”

L’Alsace – Le Pays – 4 octobre 1999 – Edition de Haute-Saone :

CHAMPAGNEY Eboulet libéré

Cérémonie discrète samedi soir pour commémorer cette libération, dernière phase de la bataille de Ronchamp qui dura six jours.

57e anniversaire de la libération de Ronchamp et Éboulet: La cérémonie se déroulait devant le monument érigé par Éboulet et ses habitants en reconnaissance aux plus de 60 morts, tués au combat dans les six jours qui ont précédé le 3 octobre 1944, du 22e Bataillon de Marche Nord-Africain (22e BMNA).

[La médaille et le drapeau Alsapresse]


  1. C’est nous les africains [back]
  2. Historique des Tirailleurs Algériens de 1939 à 1964 P.P.LAUGIER pnha n°54 février 1995 [back]
  3. Débarquement de Provence – Les coloniaux dans la bataille pour la libération de la France [back]
  4. Journal de la Croisette J9 : Leçons d’histoire et de cinéma 26.05.2006

    “La force de Rachid Bouchareb, c’est qu’il donne beaucoup de chair et de complexité à ses personnages qui ne sont pas typés, pas réduits à des clichés. Non seulement, son film exhume une page d’histoire mais aussi des hommes avec leurs espoirs. Jamais haineuse, ni revancharde, c’est une oeuvre très humaine, très digne vis-à-vis de ces tirailleurs, mais aussi des acteurs. La composition de Naceri en bluffera plus d’un. Voilà un film de guerre qui peut améliorer l’image du monde. C’est là toute la singularité de «Indigènes», bien plus qu’un film.” Liberté, pas égalité, ni fraternité Fernand Denis le 26/05/2006 La Libre Belgique

    La reconstitution historique de Rachid Bouchareb retrace à la fois les faits d’armes de cette généreuse piétaille arabe qui vénère autant son dieu que sa nation, et le racisme dont elle est l’objet de la part des officiers. Le meneur Abdelkader s’emporte contre le traitement qui est réservé aux “bougnoules”, tant au niveau des grades que de la nourriture ; une négation de la devise républicaine (“Liberté-Egalité-Fraternité”) sur un champ de bataille où “les balles allemandes ne font pas de différence”. “Indigènes” : une page oubliée de l’histoire de France Le Monde 26.05.06 Jean-Luc Douin [back]

  5. Le 2e Régiment d’infanterie coloniale [back]

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Commentaires

[...] Signe des temps dans une société dominée par l’image, le film “Indigènes” de Rachid Bouchareb a fait plus pour la décristallisation des pensions des anciens combattants des ex-colonies françaises, que la force symbolique du tryptique républicain inscrit au fronton des mairies en cinquante ans. [...]

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