Louis Aragon : Santa Espina

Dans ce poème écrit pendant l’Occupation, Louis Aragon (1897-1982) évoque la “Santa Espina” de Barcelone, l’hymne clandestin des Catalans Républicains pendant la guerre d’Espagne. Cette sardane fut interdite pendant les dictatures de Primo de Rivera et de Franco. Pendant la guerre d’Espagne, la “cobla de Barcelona” fut accueillie en France où Aragon put entendre la “Santa Espina”.

(…) chaque fois qu’éclate la Santa Espina, c’est comme le coeur de la France qui répond à ce chant catalan, que je devais reprendre pour thème deux ans plus tard, aux jours de la “Drôle de guerre”, dans un poème qu’on retrouvera en 1941 dans Le Crève-Coeur, paru à Paris aux jours hitlériens… ainsi mêlant nos tragédies et nos périls. 1

SANTA ESPINA 2

Je me souviens d’un air qu’on ne pouvait entendre
Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
Et l’on savait enfin pourquoi le ciel est bleu

Je me souviens d’un air pareil à l’air du large
D’un air pareil au cri des oiseaux migrateurs
Un air dont le sanglot semble porter en marge
La revanche de sel des mers sur leurs dompteurs

Je me souviens d’un air que l’on sifflait dans l’ombre
Dans les temps sans soleils ni chevaliers errants
Quand l’enfance 3 pleurait et dans les catacombes
Rêvait un peuple pur à la mort des tyrans

Il portait dans son nom les épines sacrées
Qui font au front d’un dieu ses larmes de couleur
Et le chant dans la chair comme une barque ancrée
Ravivait sa blessure et rouvrait sa douleur

Personne n’eût osé lui donner des paroles
A cet air fredonnant tous les mots interdits
Univers ravagé d’anciennes véroles
Il était ton espoir et tes quatre jeudis

Je cherche vainement ses phrases déchirantes
Mais la terre n’a plus que des pleurs d’opéra
Il manque au souvenir de ses eaux murmurantes
L’appel de source en source au soir des ténoras

O Sainte Epine ô Sainte Epine recommence
On t’écoutait debout jadis t’en souviens-tu
Qui saurait aujourd’hui rénover ta romance
Rendre la voix aux bois chanteurs qui se sont tus

Je veux croire qu’il est encore des musiques
Au coeur mystérieux du pays que voilà
Les muets parleront et les paralytiques
Marcheront un beau jour au son de la cobla

Et l’on verra tomber du front du Fils de l’Homme
La couronne de sang symbole du malheur
Et l’Homme chantera tout haut cette fois comme
Si la vie était belle et l’aubépine en fleurs

(Deux poèmes d’outre-tombe
Le Crève-Coeur, 1941)

Louis Aragon

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La Santa Espina 4

Som i serem gent catalana
tant si es vol com si no es vol,
que no hi ha terra amb més ufana
sota la capa del sol.

Déu va passar-hi en Primavera
i tot cantava al seu pas.
Canta la terra encara entera,
i canta que cantarás.

Canta l’aucell, el riu, la planta,
canten la lluna i el sol.
Tot treballant la dona canta,
i canta al peu del bressol.

I canta a dintre de la terra,
lo passat jamai passat,
i jorns i nits, de serra en serra,
com tot, canta el Montserrat.

Texto: Angel Guimerà i Jorge
Música: Enric Morera i Viura

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Posters of the Spanish Civil War

Posters of the Spanish Civil War from UCSD’s Southworth Collection

The visual front by Alexander Vergara

image [Barcelona village ball]. Richard Fábregas. Grafos Collectivitzada Lithograph, 4 colors; 100 x 70 cm.

Chants de la guerre d’Espagne

Marchemos hijos de la Patria
(Allons enfants de la patrie)

El arma preparad
No hay tiempo que perder
Marchad, marchad
A defender
La santa Libertad

La Marseillesa

Chants de la Guerre d’Espagne


  1. “Le chant” L’OEuvre poétique, 2e éd., tome III, livre VII, p. 347-348) (1977), cité par [back]
  2. “Santa Espina” un poème du Crève-coeur by Wolfgang Babilas, Université de Münster [back]
  3. Le 10 octobre 1940, Louis Aragon demande à Jean Paulhan en vue de la publication du Crève-coeur: “Voulez-vous dans le poème SANTA ESPINA, de mon manuscrit, noircir pour qu’on ne le reconnaisse plus le mot Espagne et le remplacer par enfance
    Quand l’enfance pleurait et dans les catacombes devient le vers
    .” Voir Louis Aragon – Jean Paulhan – Elsa Triolet: “Le Temps traversé”. Correspondance 1920-1964. Édition établie, présentée et annotée par Bernard Leuilliot. Paris: Gallimard, 1994, pp. 107-108. – source [back]
  4. Gran Enciclopèdia Catalana. – Voici le texte de la chanson catalane cité d’après: Fundaciò Jaume I: La naixença de Catalunya, Nadal del 1978, p. 84: [back]

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