Georges Fourest

Qui était-il ? ” Ce poète, qui écrivait des vers fort peu bourgeois, vivait comme un bourgeois. Il avait des rentes provenant, je crois, de ses propriétés du Limousin et qui lui permettaient de mener une vie libre de lettré et de curieux. Il était bon père et bon époux, heureux dans sa famille et ne se signalait par aucune excentricité particulière. Au physique, on remarquait sa barbichette pointue et sa calvitie.
Mais si Georges Fourest aimait la blague, si ses vers sont souvent pleins d’humour noir ou de fantaisie légère, il était avant tout un lettré. Grand amateur des petits poètes du XVIIe siècle, Scarron, Saint-Amant, Colletet, d’Assoucy, qu’il reconnaissait pour ses prédécesseurs, il avait également une forte culture philosophique et même théologique (car cet iconoclaste qui plaisantait même sur sa propre mort était un catholique pratiquant). Amoureux des Belles-Lettres, il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques.
Claude Bonnefoy
source : Georges Fourest Editions Corti
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Les faux poèmes de Rimbaud dans la revue Le Décadent
Arthur Rimbaud dans le Décadent.
L’affaire a défrayé en son temps la chronique de la bohème littéraire de la fin du XIXème siècle.
“Les lettrés étaient à la recherche de ses œuvres perdues. C’est alors que l’idée nous vint de publier, sous sa signature, des sonnets du style décadent le plus pur, idoines, dirait Tailhade, « à exaspérer le Mufle ». Pour que la supercherie se couvrît d’une apparence d’authenticité, nous n’hésitions pas à les faire paraître mutilés. Et nous annoncions ainsi une édition prochaine des œuvres du maître, miraculeusement retrouvées”. 1
En cette fin de XIXème siècle, l’époque qui célèbre le retour aux vraies valeurs, cultive l’évidence, le sens commun, et la virilité pour défier les Prussiens, trouve dans les poètes inventeurs d’une nouvelle esthétique, des adversaires tout désignés. Les parodies de la décadence littéraire qui se veut avant tout un art anti-bourgeois se multiplient.
Dans les “Déliquescences” d’Adoré Floupette, on se moque du goût décadent pour les fleurs.
Lys ! Digitale ! Orchis ! Moutarde de Louit !
A l’évidence, c’est Mallarmé que l’on vise. 2
Oh ! sache l’Esprit de litige
A cette heure où nous nous taisons,
Que de lis multiples la tige,
Grandissait trop pour nos raisons.
Mallarmé (Prose pour des Esseintes) 3
Dans le n°34 du Décadent du 29 novembre 1886, paraît “Sonnet” – poème aux fortes références érotiques célébrant la virilité. Suivent cinq autres poèmes dont le sens voilé s’attache aux manifestations plus ou moins grotesque du corps : “Instrumentation, Les Cornues, Le Limaçon, Doctrine, Oméga blasphématoire”.
Oméga blasphématoire.
A bord de l’Alcidamure.
Gypris ne chante plus sur les ondes…
A l’Arbre de la Croix pendent les dieux latins,
Car l’Oingt est advenu… les roses
Pourpre hostiale dans le rousseur des matins.
Profusent l’Hystérie exsangue, les Nécroses
Et, sous un voile impur, tels rites clandestins,
Abimelech avec Melchissedech! Les proses
Vont clangorer, ce soir, par les naos éteints.
Jésus, pourquoi flétrir les Myrtes de la Grèce?
Aubes! jours exaltés de joie et d’allégresse
Où la Taure enfantait au contact d’Osiris!
Ah! si tu veux la Nuit douce, rends les Etoiles!
Moi je vais sur la mer en des canots sans voiles
Goûter l’Iode brun interdit aux iris.
Ce fut le dernier “faux Rimbaud”.
Le forfait fut signé “Mitrophane Crapoussin” :
Que le Cistre redonde et que jubilent nos cithares!…
Sigillées d’Arthur Rimbaud, d’Ernest Raynaud, de Maurice du Plessys, de Laurent Tailhade, maintes strophes ont fulguré que ces bons écrivains restituent pieusement au Maître admi-rabonde qui leur fit cette gloire de vêtir quelques temps leur personnalité.
Les Cornues, Oméga blasphématoire, etc., où se délectèrent nos féaux, appartiennent dans l’éternité au bienheureux :
MITROPHANE CRAPOUSSIN
dont la collaboration, à visage ouvert, nous est acquise désormais.
Mitrophane Crapoussin
“Mitrophane Crapoussin”, émule d’Adoré Floupette dans l’ordre de la supercherie littéraire 4, est un pseudonyme collectif inventé par Laurent Tailhade, Maurice du Pleyssis, Georges Fourest, et Ernest Raynaud, auquel furent attribués tous les “faux Rimbaud” publiés par Anatole Baju dans le journal “Le Décadent“. 5
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Bibliographie
Le Décadent, 1886-1888
Anthologie du pastiche, Léon Deffoux et Pierre Dufay, tome second, G.Grès, Paris, 1926.
Laurent Tailhade ou de la provocation considérée comme un art de vivre
Le Dandysme et la crise de l’identité masculine à la fin du xixe … Université de Montréal. Le Dandysme et la crise de l’identité. masculine à la fin du xixe siècle :. Huysmans , Pater, Dossi. Par. David Tacium …
- Révision : La ligne de fuite de Flao & Dabitch le blog de monsieur van der meulen, 22 octobre 2OO8 [back]
- Les déliquescences d’Adoré Floupette ou l’imitation crée le modèle Pierre Jourde in Romantisme année 1992, volume 22 n° 75 pp 13 – 20 [back]
- Essais sur Mallarmé [back]
- Henri Beauclair, rédacteur en chef du quotidien “Le Petit Journal” de 1906 à 1914 et collaborateur de nombreuses revues littéraires écrivit avec Gabriel Vicaire (1848-1900) les fameuses “Déliquescences” d’Adoré Floupette (1885), parodie de la poésie décadente qui déclencha quelques mois durant dans le monde littéraire parisien une violente polémique. [back]
- Supercheries littéraires par Jean-François Jeandillou, Michel Arrivé [back]
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