Luke Davies ou le romantisme australien condamné au mode mineur

Le romantisme n’a pas bonne presse dans la culture australienne, et encore moins dans la poésie qui reste un art considéré comme mineur, en dépit des talents qui se manifestent, comme par exemple l’oeuvre de Luke Davies, dont les poèmes de son ouvrage “Totem” publié en 2004, lui a valu de remporter le prix , et d’acquérir une reconnaissance internationale.

Le romantisme en Australie, peut donc se frayer un chemin dans la culture officielle par la voie de la poésie, et acquérir droit de cité au panthéon littéraire officiel. Mais c’est l’exception qui souligne la règle.

Le romantisme n’est pas considéré comme un sujet sérieux pour la littérature australienne, ses auteurs préférant traiter de ce qu’ils estiment être les vrais sujets, des “choses concrètes” qu’ils jugent prioritaires et donc, digne de leur talent.

Certes, traiter de l’humain n’autorise pas à l’amputer de ses sentiments, mais en règle générale, la littérature australienne abandonne l’étalage de l’intime à des genres mineurs, comme la poésie.

Rares sont les auteurs à s’aventurer sur la voie du romantisme échevelé, l’entreprise étant jugée artistiquement inutile, et de peu de portée.

Un journaliste français, reprenant l’avis de ses confrères australiens dans un article récent, soulignait ainsi que :

“(…) les seuls écrivains à s’être lancé dans des écrits sur l’amour, la passion, le romantisme ont produit parmi les plus beaux textes. Ils évoquent le poème Totem (2004) de Like Davies ou encore Theft: A Love Story de Peter Carey.”

L’anti-Australia

Pas de sentimentalisme dans la littérature australienne www.actualitte.com

Les écrivains australiens sont-ils si mal à l’aise avec l’écriture des sentiments qu’ils ne peuvent s’y abandonner que par le biais de la poésie ? Et quand certains se distinguent par leur talent, tel Luke Davies, dans l’art poétique, cela les prive-t-il de tout espoir d’être un jour reconnu comme des écrivains australiens se consacrant aux sujets “sérieux” ?

D’aucuns jugent cette situation à la fois injustifiée, et intenable. Il est même des spécialistes du monde littéraire australien pour annoncer la naissance d’un “nouveau lyrisme“.

Reste que pour l’instant, le “romantisme” australien, même talentueux, reste cantonné au mode mineur, et brille par son absence dans la production littéraire locale.

Bien sûr, il est aisé vu d’ici, de faire chorus avec les voix qui s’élèvent contre cette injustice qui confine au déni de talent. Une faute de goût qui, à force d’obstination, devient une faute contre l’esprit.

Le cinéma australien peut-il réussir dans ce “nouveau lyrisme”, là où le préjugé littéraire empêche toute évolution des mentalités dès qu’il s’agit de donner des sentiments en spectacle ?

A en juger par la débauche de moyens déployés par le réalisateur du film “Australia” pour tirer des larmes au spectateur, on est en droit de penser que l’éducation de la sensibilité est devenue en Australie une priorité de la culture de masse.

Rien n’a été épargné pour nous émouvoir dans ce film à grand spectacle. Ni les paysages, la romance entre Nicole Kidman et Hugh Jackman. Cette épopée qui dresse la carte du tendre de l’Australie contemporaine réconciliée avec son passé, repentante des persécutions infligées aux aborigènes, rien ne pouvait a priori nous émouvoir plus.

Du sentiment, il s’en déroule à la tonne tout le long du film, et pourtant,ça ne fonctionne pas. Le spectateur est séduit par la beauté des paysages grandioses, mais a le sentiment que l’histoire d’amour qu’on voulait lui raconter s’est transformée en clip promotionnel d’agence de voyage.

Si les performances des acteurs sont honorables, et la débauche de moyens incontestable, la poésie fait cruellement défaut. Ce “nouveau lyrisme” des sentiments nous laisse de marbre.

L’intention lyrique et le sentimentalisme affiché ne sont pas suffisants pour faire naître l’émotion, même devant les plus beaux paysages du monde.

De même, la littérature de l’émotion, revendiquée et promue comme telle ne garantit pas qu’on est en présence d’un chef d’oeuvre du romantisme.

Comble de l’ironie, si on veut vraiment approcher l’âme de l’Australie, on préférera voir le film “Backlash3 qu’ “Australia“.

On choisira le film coup de fouet plutôt que les bons sentiments à gros budget. Et on pourrait conclure en disant que dans ce cas précis, on choisira le cinéaste dont l’oeuvre se concentre sur la vraie vie des Australiens et les problèmes concrets, tout comme le font les romanciers australiens “sérieux” qui n’ont pas de temps à perdre avec le “sentimentalisme” ou le “nouveau lyrisme”.

Si les poèmes de Luke Davies rassemblés dans son recueil “Totem” ont eu un tel écho, bien au delà de l’Australie, c’est qu’il parvient à marier ce que le film Australia a filmé sans parvenir à le faire ressentir.

Il a écrit avec des mots qui n’appartiennent qu’à lui la fusion entre l’Homme et sa terre qui s’éprouve dans une relation où il se découvre en s’abandonnant.

Magie de sa poésie, en nous dévoilant son univers, c’est aussi une part de nous-même qu’il nous révèle.

______________

Sydney Morning Herald :

ROMANTIC love is not so much absent from Australian literature as persistently truant.

(…)

Interestingly, the few Australian authors who did at the very least dabble with romantic love are among our best. Tim Winton’s Dirt Music gave us a burst of passion between strangers but left the relationship behind to explore its legacy. In 2008, Christos Tsiolkas’s The Slap looked at marriages splitting under pressure and its enormous success might yet herald a return to domestic realism.

In 2004 Luke Davies, whose lyrical novel Candy was the best of the dirty realist brigade in the 1990s, published a long love poem, Totem, an exuberant Edenic fantasia bursting with sensuality and joy. And then in 2006 Peter Carey gave us Theft: A Love Story, the unauthentic nature of its central romance helping make plain the real theme of the book: identity. 1

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Luke Davies : Totem (I) [2004]

Luke Davies
“Flowers, bees, mangoes, cuckoos: it was into you that Desire dispersed when Siva’s blaze consumed him… ”
— ROBERTO CALASSO, Ka

(…) In the yellow time of pollen when the air was weighed down
there were bees plump with syrup. There were figs
fit to burst at the seams. I understood
how language had emerged: in the Flesh of the Fruit.
I spoke my tongues against your breathlessness.

Down there nothing but eternity and praise.
To be alive I had to praise, to praise I had to
learn to speak. Speak loudly though to drown
the blood about to burst, to drown eternity
whose howl floods every canyon into nothingness. (…)

© 2004, Luke Davies 2
From: Totem
Publisher: Allen & Unwin, Sydney, 2006
ISBN: 9781741143485

A poem written “in a two-day period”

Art des Aborigènes d’Australie

“In a two-day period I had written the first line of Totem Poem and understood immediately that it would be a very big juicy grand love poem, a kind of hymn to life. The very next day I had written the first of that sort of song cycle, the little kind of metaphysical love poems and there were lines echoing between the two things,” he says. “It was a fantastic moment because it’s never really happened to me before like that – the creation of a body of work and you know very clearly what it will be. And you spend the next four years trying to get there.”

(…)

“Novels are more coherent”…

“In a sense novels are more coherent by their transparency and accessibility and by their more narrative momentum. But I don’t mean that. I mean at a deeper level in terms of the creative heart of the work that this was the biggest and best thing that I’ve done.”

Love in the time of poetry August 21, 2004

“New lyricism ?”

Why have Australian poets suffered from bad press for so long ?

Contemporary poetry demonstrates how poetry can renew itself in part by writing against the “the habits and visions” of poetry itself while still seeking effects central to the poetic. As I will explain, this renewal in the Australian context can be seen as a kind of ‘new lyricism’.

* Surviving Australian Poetry The New Lyricism May 1, 2007

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Luke Davies Australia – Poetry International Web

* Luke Davies Fan Tribute Blog an unofficial tribute blog by fans for fans of Australian novelist, poet and screenwriter, Luke Davies

* Interview: You did not read Faulkner! Sophie Cunningham talks to Luke Davies (Meanjin)

- TEN AUSTRALIAN POETS SERIES 9 The Poetry of Luke Davies
Selected by Coral Hull
The Thilazine Foundation


  1. Sydney Morning Herald : Go to bed with a good book? No thanks [back]
  2. Luke Davies, né en 1962 à Sydney, a publié à ce jour cinq recueils de poèmes : Four Plots for Magnets (Glandular Press, 1982), Absolute Event Horizon (Harper Collins/Angus & Robertson, 1994), Running With Light (Allen and Unwin, 1999, Judith Wright Poetry Prize 2000), The Entire History of Architecture….and Other Love Poems (Vagabond Press, 2001) et Totem (Allen & Unwin, 2004, Age Book of the Year Award et Grace Leven Poetry Prize). Il est également l’auteur de deux romans : le best-seller Candy (1997), et Isabelle the Navigator (2000). [back]
  3. Fiction / Australie / 1986 / 1h29 / 35 mm / Couleur / VOST
    Réalisation : Bill BENNETT [back]

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